Lost In Vibration #1, Level #2!

(ou les pérégrinations d’un popeux dans le Nördik)

Il n’y avait apparemment pas assez de basses dans l’église Notre Dame de la Gloriette pour que Pierre Henry puisse jouer l‘Apocalypse selon Saint Jean. Avant de rendre malheureux les plus de cinquante ans, qui avaient révisés leurs bibles de longues heures pour l’occasion, Pierrot aurait dû réfléchir à deux fois et essayer l’acoustique du parking souterrain du Château.

Boum tcha tchiiii, boum tchtchatchatcha, boum tcha tchiiiii, boum tchatchatchatcha !

Il veut des basses papy ?

C’est mieux comme ça ?

En effet, ce soir, une seule norme : aucune fréquence au dessus de 150Hz et, vu la façon dont vibre le château, l’apocalypse n’est pas loin. Descend! Prend ce couloir! Dirige-toi vers ces basses que tu vois au fond du tunnel. Et, tout là-bas sous 2m20 de plafond, commencent à s’agiter les beat lovers sur Hermutt Loby. Claustrophobe s’abstenir.

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Hermétique à la pureté et à la beauté du boum-boum, je dois attendre Dorian Concept pour pouvoir m’accrocher à quelque chose qui me parle… Car tout à coup des médiums apparaissent, des voix aussi et on se surprend à traquer la pop dans les rythmes boum-tchack que déroule Dorian. Sur un titre certains y voient du Clash (This is Radio Clash), d’autres du Gainsbourg période Funk pourrave… Blindtest original, souterrain et alcoolisé!

On s’accroche décidément à ce que l’on peut, surtout lorsque les basses vous prennent au sternum.

Fulgeance nous accroche l’oreille et torture les sons et les rythmiques. Sa trompette est aussi réaliste que les grillons (et non pas des sauterelles m’ont précisé des spécialistes en biologie animale) de Pierre Henry et les breaks surprennent. Le public s’échauffe et la chaleur se fait dans ce souterrain à l’architecture froide. néanmoins pas de coït sous les néons ni de sexualité déviante à l’horizon.

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A Pierre Henry les églises, à Eklektik le parking du château. L’histoire de l’électro en deux jours, c’est beaucoup à digérer.

Mon acouphène va bien, bonsoir.

Concrètement parfait.

En pénétrant dans l’enceinte de l’Eglise Notre Dame de la Gloriette la première impression outre la solennité qui y règne, c’est la surprise de se retrouver nez à nez devant un mur d’enceintes érigé au pied de l’autel.
Devant ce sound system point de punks à chiens, mais un public attentif surement plus habitué à lire Télérama qu’à batifoler dans les free parties.
Parfaite mise en jambe pour la semaine à venir, Pierre Henry nous a offert une véritable expérience, tant qu’à voir qu’à entendre. Dans le cadre magnifique de l’église le maestro dirigea sa musique au milieu du public depuis une énorme console de studio.
On reproche souvent aux artistes électroniciens ; type laptop music ; de n’avoir rien à proposer visuellement sur scène, l’enjeu n’est pas là avec Pierre Henry. Dés les premières notes la partition vous parcourt l’échine. Sans trop savoir ni pourquoi ni comment, on se retrouve à contempler cet énorme sound system la bouche bée. Un drame musical instantané comme dirait l’autre. Après coup il est difficile de mettre des mots sur la musique électroacoustique. Je pourrais vous parler de longs mantras, de couches, de grésillements, de Wagner aussi, de superpositions de cordes, de drones, d’emphase, de cassures, qu’importe finalement. On laissera cela aux auditeurs nocturnes de France Culture. Le ressenti ? Des influences qui seraient à chercher du côté des sons élémentaires comme le vent, la pluie, l’orage, ce genre. La musique concrète en somme. Le concert s’est transformé en expérience totale. Exit le pathos de la musique classique jouée dans un lieu saint. Le plus beau ici était le caractère inouï de la musique. Un son brut qui n’en a rien à faire de vous, aucun schéma pop auquel se raccrocher, juste ce flux qui une fois repensé et interprété se retrouve directement dans la case frisson de votre cerveau.
Le projet de Pierre Henry, et ce dés la création de son premier home-studio indépendant en 1958, était la destruction de la musique en tant que phénomène vivant. Le pari est tenu car sur les cendres de partitions séculaires on aura rarement eu l’occasion d’assister à une aussi belle renaissance.

Les mains de Pierre Henry

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Pierre Henry a des mains. Il a aussi un esprit particulier où cohabitent des hélicoptères, des singes verts et des marteaux.

Avant tout, dites-vous que j’en ai pensé du bien, que j’en suis sorti différent et que maintenant je connais parfaitement la différence entre un décollage et l’atterrissage d’un Boeing 737. Y être allé était une chance et les absents doivent le regretter même si Lyon a battu Liverpool.

Je ne me souviens pas de grand chose des 93 minutes du concert si ce n’est d’une grande réflexion sur moi-même et de l’étrangeté de la situation. Pendant « rêverie des roches perforées » (le troisième morceau du second opus), j’ai remarqué qu’une compétition de bâillement avait commencé sur ma droite et que la vitesse de propagation était exponentielle, qu’elle attaquait toutes les CSP de l’assistance et qu’une fille qui se décroche la mâchoire n’est pas plus belle alors elle pourrait s’en passer.

Pendant « Adoratrice du soleil », les gars de FR3 sont venus et bizarrement le bruit du téléobjectif est intervenu durant les 3 secondes de silence que Pierre Henry met entre chaque chanson (sauf entre « Pierres blessées » et « Exode » où le silence ne dure que 2,5 secondes – c’est ce qui était écrit sur le plan de contrôle de son assistante) et ce petit cliquetis, mine de rien, c’est limite énervant. Yaurais pas eu Pierre, je les aurais houspillés voire même excommuniés mais par manque de temps et de courage, j’ai préféré m’attarder sur les ressemblances Mybloodyvalentinesque de « Sel gemme » qui ont cristallisé un sourire (léger) sur la face de Roubignole.

Ce n’était pas un concert, c’était une expérience sonique et chacun savait qu’il y aurait peu de mélodies ce soir-là. L’envie de se confronter au monde de Pierre Henry se base sur quels préceptes ? Hein, je vous le demande ? Comme le dit Wittgenstein : « L’homme n’est nullement frappé par les fondements réels de sa recherche. Les aspects des choses les plus importants pour nous sont cachés par leur simplicité et leur familiarité. » Et Wittgenstein il en savait des choses.

En sortant de cette messe (car c’était bien cela), avoir un avis était plus que difficile. Il fallait décanter le tout. Et comme pour le concert de My Bloody Valentine à la Route de Rock cet été, j’en garde un bon souvenir. Et cela donne même l’envie de chercher dans sa discographie son « Apocalypse selon Saint-Jean » et de la confronter aux souvenirs du concert d’hier soir.

Quoi qu’il en soit, j’aurais bien voulu demander à Pierre Henry si il avait été influencé par le livre de Conrad « Au coeur des ténèbres » tellement l’ambiance y faisait référence. Tellement référence, que moi, d’où j’étais, les mains de Pierre henry, elles ressemblaient à ce qui suit.

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We’ve loved WHEEL @ Nördik Appart

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Nördik Appart, c’est la scène chez l’habitant mise en place par le collectif Happy Daymon. Une première sur Nördik Impakt. Pour passer la formule au révélateur, j’ai choisi le concert de Wheel, V’là l’histoire…

Achetage de pain pour le grignotage. Une invitée met la main à la pâte et prépare sa quiche lorraine dans la cuisine.
Les Wheel arrivent, tout ça prend des faux-airs de mini déménagement ; les instruments passent par la baie vitrée.
La place semble vite manquer, mais les gens arrivent un par un et finalement on continue à circuler sans avoir à escalader la table basse ou la xbox 360. Le p’tit monde s’habitue aux nouveaux murs et s’intègre tout naturellement.
« Où sont les toilettes ? »
« La bouteille, je la mets où ? »
« le lavage de mains, c’est dans la cuisine ou dans la salle de bain ? »
« On fume sur la terrasse ? »
Nico des Wheel balance une playlist funky sur la chaîne. La famille nombreuse commence à vivre ensemble. On mange un brin, on boit un coup.
Enfin ça joue.
Là faut trouver l’équilibre, on n’est pas seul dans l’immeuble, on se fait plaisir, mais les voisins sont peut-être pas tous acquis à notre délire du jour.
Pour l’occasion, les Wheel jouent acoustique, naked comme ils disent. On les entend finalement assez bien, franchement ce qui se passe est plutôt très cool. La vidéo diffusée sur le mur colle au moment : scène de vie à la maison, cuisson d’escalopes, casserole d’eau qui bout…
Le public scotche. L’un a la main dans l’assiette de chips, collé à la table, l’autre est assis par terre les jambes croisées, captivé, ça scrute un peu l’endroit, les regards se baladent, un autre encore campe sur la terrasse et regarde le concert depuis la fenêtre les coudes sur le rebord et quelques uns en recherche de confort préfèrent investir le canapé ou le fauteuil. Chacun vit le moment à sa manière, tous font gaffe au lieu. Une bière se casse la gueule, on appuie sur le bouton pause, on s’active vers le rouleau de sopalin. On peut reprendre. Le concert passe vite, trop vite. C’est bon signe, la sauce a pris.
Ça prend tellement bien que ça marche même sur les bêtes à poil. Le chat du voisin se tape gentiment l’incruste et se laisse tripoter trankilou par le tout venant.
On lâche un peu les rennes sur National Park, ça tape dans les mains et on se rend compte que c’est déjà la fin. Merde.
Quelques vessies sont prêtes à éclater et on veut surtout pas salir la moquette. C’est la course aux chiottes et là, surprise, tu pisses au milieu des guirlandes violettes.
On se rencarde tous dans un bar en ville pour retrouver les autres apparts de la scène Nördik Appart. Y en a qu’un qui fait chier à la sortie, c’est le chat. Ce con de chat qui se met à pleurer derrière la vitre et nous fout les glandes, on culpabilise deux minutes et on part. Clac clac, on ferme à double tour. Tchaö minou. C’est fini. C’était glop.

www.myspace.com/wheelpopband