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GaBlé, he’s OK et c’est tant mieux

20 octobre 2009

Voici ce qui se passe normalement quand on reçoit un disque pour le chroniquer. On l’écoute entre une et dix fois suivant le temps, l’envie et la façon dont on apprécie le disque. On prend note mentalement d’un genre musical on affine avec quelque adjectifs connus des seuls mélomanes pour se la péter un peu on le place à côté de deux trois références communes dont on va dire qu’ils sont des influences puis après lui avoir délicatement déplié les ailes on lui pique l’abdomen et on le plante à côté de ces congénères dans notre jolies collection de papillons morts références musicales. Dans les conversations, ça donne à peu près ça : « Non mais franchement le dernier Phat Ladys Sux Betta a beau se revendiquer plutôt old-school west-coast, je le trouve franchement dirty south, peut-être même encore plus booty et digital que Eat My Crack ou que Tha Wu Klux Klan… » Sauf accident, vous gagnez a peu de frais le respect de l’interlocuteur qui se demande soudainement pourquoi il n’a pas revendu ses CD de Vanessa Paradis pour essayer de briller en société comme vous venez de le faire. Ce genre de technique vous permet de convaincre facilement tout partenaire sexuel potentiel de vous choisir vous, de progresser dans l’organigramme de l’entreprise, de devenir un homme meilleur qui fait l’admiration de sa boulangère et de ses voisins. Certains finissent même juré à la Star Ac’, c’est vous dire si c’est bien.

Et puis arrive un jour ce qui ne devrait jamais arriver. Alors que la veille vous avez chroniqué The Razors de la pop mancunienne aux accents spectoriens et In Girum du néo-kraut qui n’est pas sans rappeler aussi les développement early-électro de la musique d’illustration française, vous recevez un album qui se refuse à rentrer dans un genre précis… C’est énervant ça, qu’il y ait encore des gars pour faire la musique tout court. En dehors des limites d’un genre… On leur a bien dit pourtant… Merde… Comment je fais-moi… En plus c’est de la bonne, ce qui est encore plus embêtant. Elle aurait été mauvaise sa musique au GaBlé, on aurait évacué ça en deux trois vannes bas du front. Mais non impossible. Parce que sous le bricolage hétéroclite que constitue l’album se cache une petite pépite. Oh bien sûr, à ne pas vouloir s’en tenir à un genre, GaBlé tape forcément dans plusieurs. Le riff de Arm and Nose, Arms and Noise sonne rock, mais il est joué au violoncelle. I’m OK sonne néo-folk déglingo alors que Mon Coté féminin joue la carte du breakcore minimaliste et rigolard. Les samples de voix à droite à gauche font trip-hop et pourtant l’album n’a rien de trip-hop.

Imaginez un routard de trente piges qui vient de faire le tour du monde durant les huit dernières années. Il vient de rentrer et raconte ses souvenirs disparates. Voilà à quoi ressemble le dernier disque de GaBlé, une juxtaposition de paysages sonores, d’anecdotes sous forme de morceaux très courts, un échantillon de la beauté du monde de la musique raconté avec sensibilité et humour et avec le souci de franchir les frontières le plus librement possible. I’m OK est juste un de ces très bons albums, un de ces inclassables de bricoleur fou qu’on pourrait ranger sans honte du côté des Wyatt ou Comelade justement parce qu’il ne leur ressemble pas.

Il passe avec Chinese Man et Buraka Som Systema au Cargö jeudi 22 octobre à 21h00 après avoir travaillé son nouveau live en résidence… Ne le ratez pas. On a si peu l’occasion de voyager à peu de frais…