En pénétrant dans l’enceinte de l’Eglise Notre Dame de la Gloriette la première impression outre la solennité qui y règne, c’est la surprise de se retrouver nez à nez devant un mur d’enceintes érigé au pied de l’autel.
Devant ce sound system point de punks à chiens, mais un public attentif surement plus habitué à lire Télérama qu’à batifoler dans les free parties.
Parfaite mise en jambe pour la semaine à venir, Pierre Henry nous a offert une véritable expérience, tant qu’à voir qu’à entendre. Dans le cadre magnifique de l’église le maestro dirigea sa musique au milieu du public depuis une énorme console de studio.
On reproche souvent aux artistes électroniciens ; type laptop music ; de n’avoir rien à proposer visuellement sur scène, l’enjeu n’est pas là avec Pierre Henry. Dés les premières notes la partition vous parcourt l’échine. Sans trop savoir ni pourquoi ni comment, on se retrouve à contempler cet énorme sound system la bouche bée. Un drame musical instantané comme dirait l’autre. Après coup il est difficile de mettre des mots sur la musique électroacoustique. Je pourrais vous parler de longs mantras, de couches, de grésillements, de Wagner aussi, de superpositions de cordes, de drones, d’emphase, de cassures, qu’importe finalement. On laissera cela aux auditeurs nocturnes de France Culture. Le ressenti ? Des influences qui seraient à chercher du côté des sons élémentaires comme le vent, la pluie, l’orage, ce genre. La musique concrète en somme. Le concert s’est transformé en expérience totale. Exit le pathos de la musique classique jouée dans un lieu saint. Le plus beau ici était le caractère inouï de la musique. Un son brut qui n’en a rien à faire de vous, aucun schéma pop auquel se raccrocher, juste ce flux qui une fois repensé et interprété se retrouve directement dans la case frisson de votre cerveau.
Le projet de Pierre Henry, et ce dés la création de son premier home-studio indépendant en 1958, était la destruction de la musique en tant que phénomène vivant. Le pari est tenu car sur les cendres de partitions séculaires on aura rarement eu l’occasion d’assister à une aussi belle renaissance.














