En pénétrant dans l’enceinte de l’Eglise Notre Dame de la Gloriette la première impression outre la solennité qui y règne, c’est la surprise de se retrouver nez à nez devant un mur d’enceintes érigé au pied de l’autel.
Devant ce sound system point de punks à chiens, mais un public attentif surement plus habitué à lire Télérama qu’à batifoler dans les free parties.
Parfaite mise en jambe pour la semaine à venir, Pierre Henry nous a offert une véritable expérience, tant qu’à voir qu’à entendre. Dans le cadre magnifique de l’église le maestro dirigea sa musique au milieu du public depuis une énorme console de studio.
On reproche souvent aux artistes électroniciens ; type laptop music ; de n’avoir rien à proposer visuellement sur scène, l’enjeu n’est pas là avec Pierre Henry. Dés les premières notes la partition vous parcourt l’échine. Sans trop savoir ni pourquoi ni comment, on se retrouve à contempler cet énorme sound system la bouche bée. Un drame musical instantané comme dirait l’autre. Après coup il est difficile de mettre des mots sur la musique électroacoustique. Je pourrais vous parler de longs mantras, de couches, de grésillements, de Wagner aussi, de superpositions de cordes, de drones, d’emphase, de cassures, qu’importe finalement. On laissera cela aux auditeurs nocturnes de France Culture. Le ressenti ? Des influences qui seraient à chercher du côté des sons élémentaires comme le vent, la pluie, l’orage, ce genre. La musique concrète en somme. Le concert s’est transformé en expérience totale. Exit le pathos de la musique classique jouée dans un lieu saint. Le plus beau ici était le caractère inouï de la musique. Un son brut qui n’en a rien à faire de vous, aucun schéma pop auquel se raccrocher, juste ce flux qui une fois repensé et interprété se retrouve directement dans la case frisson de votre cerveau.
Le projet de Pierre Henry, et ce dés la création de son premier home-studio indépendant en 1958, était la destruction de la musique en tant que phénomène vivant. Le pari est tenu car sur les cendres de partitions séculaires on aura rarement eu l’occasion d’assister à une aussi belle renaissance.
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Concrètement parfait.
21 octobre 2009Les mains de Pierre Henry
21 octobre 2009Pierre Henry a des mains. Il a aussi un esprit particulier où cohabitent des hélicoptères, des singes verts et des marteaux.
Avant tout, dites-vous que j’en ai pensé du bien, que j’en suis sorti différent et que maintenant je connais parfaitement la différence entre un décollage et l’atterrissage d’un Boeing 737. Y être allé était une chance et les absents doivent le regretter même si Lyon a battu Liverpool.
Je ne me souviens pas de grand chose des 93 minutes du concert si ce n’est d’une grande réflexion sur moi-même et de l’étrangeté de la situation. Pendant « rêverie des roches perforées » (le troisième morceau du second opus), j’ai remarqué qu’une compétition de bâillement avait commencé sur ma droite et que la vitesse de propagation était exponentielle, qu’elle attaquait toutes les CSP de l’assistance et qu’une fille qui se décroche la mâchoire n’est pas plus belle alors elle pourrait s’en passer.
Pendant « Adoratrice du soleil », les gars de FR3 sont venus et bizarrement le bruit du téléobjectif est intervenu durant les 3 secondes de silence que Pierre Henry met entre chaque chanson (sauf entre « Pierres blessées » et « Exode » où le silence ne dure que 2,5 secondes – c’est ce qui était écrit sur le plan de contrôle de son assistante) et ce petit cliquetis, mine de rien, c’est limite énervant. Yaurais pas eu Pierre, je les aurais houspillés voire même excommuniés mais par manque de temps et de courage, j’ai préféré m’attarder sur les ressemblances Mybloodyvalentinesque de « Sel gemme » qui ont cristallisé un sourire (léger) sur la face de Roubignole.
Ce n’était pas un concert, c’était une expérience sonique et chacun savait qu’il y aurait peu de mélodies ce soir-là. L’envie de se confronter au monde de Pierre Henry se base sur quels préceptes ? Hein, je vous le demande ? Comme le dit Wittgenstein : « L’homme n’est nullement frappé par les fondements réels de sa recherche. Les aspects des choses les plus importants pour nous sont cachés par leur simplicité et leur familiarité. » Et Wittgenstein il en savait des choses.
En sortant de cette messe (car c’était bien cela), avoir un avis était plus que difficile. Il fallait décanter le tout. Et comme pour le concert de My Bloody Valentine à la Route de Rock cet été, j’en garde un bon souvenir. Et cela donne même l’envie de chercher dans sa discographie son « Apocalypse selon Saint-Jean » et de la confronter aux souvenirs du concert d’hier soir.
Quoi qu’il en soit, j’aurais bien voulu demander à Pierre Henry si il avait été influencé par le livre de Conrad « Au coeur des ténèbres » tellement l’ambiance y faisait référence. Tellement référence, que moi, d’où j’étais, les mains de Pierre henry, elles ressemblaient à ce qui suit.
Histoire Naturelle
20 octobre 2009… ou Les roues de la terre est une oeuvre composée par Pierre Henry en 1997.
C’est ce qu’il jouera ce soir à l’église Notre Dame de la Glorillette à la place de son « Apocalypse de Jean » tant espérée (par votre serviteur).
Je chiale un peu mais comme je n’a jamais entendu cette pièce « électronique », je suis quand même curieux de voir le truc…
D’après ce qui nous a été dit en fin d’après-midi, Pierre Henry a fait des essais jusqu’à 1h du mat’ cette nuit et « le son » de l’église ne convenait pas à cette oeuvre ( « trop de médiums et pas assez de graves » -je ne suis pas très sûr de qui a prononcé ces mots donc je préfère ne pas mettre de nom -je suis novice en interview). Histoire naturelle a du coup été retenue notamment parce que Pierre Henry trouvait qu’elle « rentrait bien dans le cadre du festival » (là je cite l’attachée de presse dont je n’ai pas noté le nom -je m’en excuse et je rappelle que je débute).
Voici trois minutes de l’oeuvre captées à cette occasion (à côté de la console on pourra apercevoir 2 journalistes de France 3 ce qui est une info passionnante).
Nous avons demandé le pourquoi de ce changement à la troisième personne de la vidéo, celle qui est derrière la console: Etienne Bultingaire. Comme il l’explique a début de la vidéo qui suit, E. Bultingaire travaille depuis 20 ans aux côtés de Pierre Henry. Ce dernier ne donne pas ou peu d’interviews et de toute façon, il n’était pas là (bien sûr il sera là ce soir)…
(vidéos faites à l’arrache par cojaque -on débute)
Interview de Notre Dame de la Gloriette… (du Mans)
18 octobre 2009
Avez-vous déjà interviewé une église ? C’est galère… Déjà on est obligé de chuchoter et en plus les différents organes de communication sont pas évident à trouver, c’est super mal indiqué !
Bonjour, c’est chez vous que tout commence avec la venue de Pierre Henry, le pape de la musique concrète…
C’est ici que tout commence, toujours, jeune homme ! Votre pape païen et ces fidèles peuvent faire la messe qu’ils veulent, c’est la volonté de Dieu qui rend leur fête possible.
- Ca vous donne pas envie de faire la fête?
Oui bien sûr, remerciez le de notre part, mais il a rien dit quand il a su qu’on jouerait un morceau intitulé « Apocalypse de Jean » dans un lieu saint ?
Hé bien le deal c’est que votre Pierre Henry joue ce qu’il veut à condition qu’il se convertisse après son concert. Il bénéficiera ainsi de tout notre savoir faire en terme de service après-vente, à son âge il est grand temps d’y penser. Il est ainsi fort probable qu’il assiste à l’after que nous organiserons dimanche, comme chaque semaine, sur le coup de 10h.
Pierre Henry à Notre-Dame-de-la-Gloriette, c’est mardi 20 octobre à 21h













